J. Malige Ostéopathe — St Junien & Javerlhac

Mémoire de fin d'études en ostéopathie biodynamique — 2003

Ce document rassemble les chapitres fondamentaux de mon mémoire de fin d'études (2003). J'ai choisi de n'en retenir que les bases anatomo-physiologiques et conceptuelles qui guident directement ma pratique en cabinet aujourd'hui à Saint-Junien et Javerlhac.

Bases anatomo-physiologiques de l'ostéopathie

Proposée le 22 juin 1874 par le Pasteur Méthodiste, Docteur en Médecine et ingénieur, Andrew Taylor STILL, l'ostéopathie est un traitement manuel, sans douleur, aidant les systèmes de régulation du corps (homéostasie et homéorhèsie). L'ostéopathie est fondée sur la philosophie, l'anatomie et la physiologie. L'ostéopathe doit avoir à une représentation mentale de l'anatomie vivante. Ensuite, tel un ingénieur, il ajuste les structures et les fonctions d'une machine vivante ayant des plans précis.

A./ Le schéma stillien

Le schéma stillien
Illustration 41 : Le schéma stillien. Source : philosophie ostéopathique, P.C.E.O.1.

Le schéma stillien résume les principes théoriques et pratiques de l'ostéopathie : libérer le principe vital, contenu dans les liquides biologiques, par un ajustement impeccable du corps et la Nature ne se défile jamais. C'est une vision mécaniste de l'Homme, comme il était d'usage au XIXème siècle. Mais ici, ce n'est pas une machine inerte. Le concept ostéopathique précise que c'est une machine douée d'une autonomie de guérison où la structure et la fonction sont interdépendantes.

Il y a donc une dynamique dans l'organisme qui garantit la santé. L'ostéopathe soutient ou rétablit cette dynamique. Dans ce système biomécanique, c'est la charpente musculo-squelettique qui est susceptible d'obstruer l'écoulement des fluides donc de provoquer une maladie ou de retarder la guérison. Ces dysfonctionnements du tissu conjonctif, le tissu de soutient, altèrent ses propriétés mécaniques d'élasticité, de viscosité, de plasticité et de résistance.

Les fascias sont à la base de l'organisation spatiale du tissu conjonctif : ils gainent le corps sous forme de fibres spiralées qui relient les trabéculations osseuses à la peau. C'est dans cet environnement colloïdal que s'inscrivent les anomalies anatomiques. C'est donc à ce niveau qu'opère l'ostéopathe. La connaissance de l'anatomie permet l'investigation des différents points de conflits potentiels, ils existent au niveau de toutes les articulations.

Les causes de barrières sont adaptatives ou traumatiques. Les points de conflits potentiels deviennent des points de conflits avérés. Différentes agressions occasionnent ces modifications de la matrice :

  • La gravité donne son poids au corps. Les micro-tubules répondent automatiquement à la gravité terrestre. Au niveau macroscopique, cette fonction est regroupée sous le terme d'homéorhèse. Un dysfonctionnement anti-gravitaire génère, à long terme, un remaniement du tissu conjonctif. La gravité est donc la première cause de barrière, elle modifie la densité des tissus.
  • Les traumatismes puissants mais aussi les micro-traumatismes répétitifs modifient l'architecture du corps. Le traumatisme est un stressor, un stress non physiologique. Il entraîne un syndrome général d'adaptation (Selye) spécifique à chacun bien que d'origine non spécifique.
  • Les hormones étant déversées dans les colloïdes, le stress psychologique modifie le tempérament de chacun, puis les humeurs.

1./ les fluides vitaux

L'embryologie nous montre que les nerfs guident la croissance des artérioles. La géométrie de ces vaisseaux est dite fractales comme de nombreuses arborescences naturelles. D'infimes fractionnements géométriques répartissent au mieux le sang oxygéné. Ce type d'auto-organisation géométrique se retrouve dans les deltas des fleuves.

Au sein des tissus, elle assure une perfusion optimale. Envisager le système nerveux comme un système hydraulique permet de mieux l'intellectualiser, notamment au sein du concept ostéopathique. Le système nerveux s'enracine au plus profond du corps, il propulse les forces et les fluides nécessaires à l'action (STILL).

De par la géométrie et l'inertie des fluides, tout blocage de ce flux aura des effets à plusieurs semaines. De proche en proche, l'irritation s'étend à tout le système à partir d'une épine irritative, selon l'expression de A.D. Speransky.

Les nerfs présentent aussi cette sensibilité liquidienne. Ils nourrissent les tissus grâce au fluide cellulaire, l'axoplasme, qui s'écoule le long de l'axone. Une barrière limite ce gorgement des tissus, c'est une neuro-dystrophie.

Neurodystrophie consécutive à une Stase d'axoplasme lors d'une ligature d'axone
Illustration 42 : Neurodystrophie consécutive à une Stase d'axoplasme lors d'une ligature d'axone d'après Weiss et Hiscoe)

2./ Le tissu conjonctif

Le tissu conjonctif est le tuteur des vaisseaux. En ne considérant que l'un ou l'autre, la forme du corps reste quand même reconnaissable tant ils sont omniprésents. La limite entre les deux est virtuelle. Ils sont interdépendants grâce à la substance fondamentale du fascia.

L'interdépendance entre la structure et la fonction sur un écorché vasculaire
Illustration 43 : L'interdépendance entre la structure et la fonction est particulièrement frappante sur cet "écorché".

Hans Selye, qui a définit la notion de stress, considère le tissu conjonctif comme le premier régulateur du stress.

Pour l'ostéopathe, les fascias révèlent des informations sur l'état colloïdal. Un tissu conjonctif perturbé crée des barrières palpables. En effet, les colloïdes oscillent entre un état liquide et un état gélifié. Les contraintes modifient la dynamique de cet état jusqu'à créer des barrières. Il a été démontré par Irwin Korr que le traitement de ces barrières est possible en équilibrant l'état d'étirement ou de contraction 60 .

Les cinq points de la neurophysiologie de Korr :

  • 1. En stimulant les récepteurs de la peau, des articulations et des muscles, l'ostéopathe modifie le pattern d'activité des α-motorneurones qui gouvernent la contraction musculaire et donc la tonicité des muscles, au niveau local ou à distance, segmentaire.
  • 2. L'output vers les viscères, les vaisseaux sanguins, les glandes, les structures immunologiques (rate, ganglions lymphatiques), c'est-à-dire tout ce qui est reçu en provenance du système nerveux sympathique, peut être influencé.
  • 3. Au niveau du système nerveux central, la plasticité des connexions neuronales est permanente. Cet état plastique se modifie en fonction des stimuli sensoriels qui atteignent le système nerveux central.
  • 4. L'influence de l'input de la peau, des articulations et des muscles sur le S.N.A. donne au système ostéopathique une approche thérapeutique du système neuro-végétatif. L'ostéopathe peut donc, agissant sur ces innervations de surface, avoir une action sur les organes internes.
  • 5. La réaction tissulaire locale à la stimulation cutanée, articulaire et musculaire peut provoquer une inflammation neurogène dans des structures viscérales. C'est ce que l'on observe dans le segment antérieur du corps.

La modification de l'état de la matrice aide ainsi le cycle naturel d'auto-régulation. Le tissu de soutien est partout des neurones aux trabéculations osseuses, c'est un outil de diagnostic et de traitement unique.

Le schéma stillien précise que le tissu de soutient est le point de départ de la maladie, la souffrance du corps à partir de l'os 61 – l'ostéopathie - nous le rappelle. Pour Still, les anomalies osseuses sont les causes des effets regroupés sous le terme de maladie.

3./ le concept unitaire de la maladie

L'état de santé ou de maladie du patient doit être considéré globalement, c'est une approche holistique et écologique. La maladie se définit par toutes réactions de l'organisme à des influences nuisibles, c'est le concept unitaire de la maladie.

Korr précise que la souffrance de l'os est psychosomatique dans son organisation et neurodystrophique dans son application. La recherche d'un traumatisme physique ou psychologique oriente l'ostéopathe afin d'évaluer les conséquences biomécaniques logiques.

Cependant la recherche d'un agent étiologique spécifique n'a pas de sens ici. C'est plus une notion de syndrome que de symptôme. Nous voyons que l'ostéopathie est basée sur un principe : libérer les fluides vitaux des anomalies anatomiques. La santé s'installe comme la maladie s'est installée après un désordre tissulaire. La généralisation des soins ostéopathiques permet d'envisager une population mature en bonne santé. Voyons à présent la pratique ostéopathique.

B./ L'exercice palpatoire en ostéopathie

A.T. Still se définissait lui-même comme un rebouteux éclairé (lightning bone setter). Dans Ostéopathie, recherche et pratique, p. 42, il donne un principe pour aligner les pièces osseuses : d'abord relâcher les extrémités du système que l'on veut corriger puis le ramener à sa place originelle. Pour lui, le craquement articulaire n'est pas la garantie d'une correction efficace.

Les élèves de Still ont affiné cette approche de pionnier pour aboutir à une pratique plus douce. En effet, pour Still, la prise est très ferme mais la douleur est proscrite. Les fascias sont pour lui d'une richesse inestimable d'un point de vue diagnostique et thérapeutique. Voyons donc plus précisément l'approche fasciale qui a amenée à l'ostéopathie dite biodynamique.

Toucher le patient permet de détecter, d'amplifier et d'interpréter des états du corps. Cette interprétation sera anatomique par la texture et physiologique par la vitalité. Notons qu'il est impossible d'étudier simultanément la forme et le mouvement, il y a une discrimination palpatoire nécessaire, l'intellect focalise l'un ou l'autre.

  • La forme du système anatomique étudié peut être mise en évidence en appliquant une force de contrainte, que l'on appelle mise en tension. La force révélera une résistance tissulaire. Cet exercice de jugement est primordial. Faire ses gammes, acquérir de plus en plus de références palpatoires en s'entraînant, permet par la suite de doser la force de contrainte. Ainsi la forme du tissu étudié se dessine mentalement par la mise en tension.
  • La vitalité du système sera mise en évidence par le mouvement inhérent. Ce mouvement ne doit pas être opprimé par la force de contrainte de l'ostéopathe. Il faut donc s'accorder au mouvement inhérent, sauter sur nous dit Viola Frymann (D.O.), afin qu'il continue sous nos mains.

Sutherland nous dit de développer des doigts qui "sentent, voient, pensent et savent". C'est une fonction possible car les neurones sensoriels en direction des doigts n'ont qu'un ou deux relais à partir du gyrus post-central. C'est une ligne directe entre les doigts et le cortex pariétal.

Le premier apprentissage palpatoire consiste à poser les mains avec une neutralité totale, comme pour envelopper un oursin entre ses 2 mains sans l'empêcher de bouger. Ensuite, l'expérience amène au reste de la pratique ostéopathique.

En 1924, Mac Connel écrit dans le journal de l'Académie Américaine d'Ostéopathie que les ostéopathes ne tirent pas encore toutes les informations auxquelles cette approche donne accès. Pour lui, cette information est comme un signal lumineux.

La conscience de la position de la main s'élargit à ce qu'elle touche afin d'acquérir une conscience de la position du patient. De notre environnement interne, nous nous tournons vers l'environnement interne d'un organisme externe. Cet organisme nous transmet ainsi ses souffrances, c'est une empathie totale qui s'appelle, depuis A.T.

Still, l'Ostéopathie. Nous verrons plus loin le modèle pédagogique de James Jealous qui insiste sur ce point.

1./ Le mouvement inhérent

Les mouvements atomiques, moléculaires, cellulaires, organiques sont inhérents. A la différence des mouvements actifs et passifs où une partie constituante modifie l'ensemble consciemment, le mouvement inhérent mobilise l'ensemble des parties constituantes, inconsciemment. Ici, le tout est le plus petit élément à étudier.

Le mouvement inhérent dépend des qualités inhérentes de la matière. Cette force motrice maintien l'homéostasie, c'est la puissance infaillible pour Sutherland, ou potency en anglais. Plusieurs traductions françaises de ce mot se côtoient : puissance, potentiel, présence. Elle se manifeste par une Marée au sein du corps.

Le développement de la perception amène graduellement à la perception de ce phénomène naturel, c'est l'écoute palpatoire. Le temps nécessaire pour apprendre à établir cette continuité fluide est long, percevoir et analyser les informations aussi. Ce que l'on provoque dans ce système ouvert nous donne accès à un diagnostic et à un traitement.

Ce mouvement inhérent est une régulation perpétuelle du corps. Sutherland nous dit qu'il se manifeste au niveau mécanique, fluidique, chimique, électrique et magnétique. La régulation mécanique est la première qui concerne l'ostéopathe. Il y a une régulation homéostasique naturelle si l'équilibre mécanique est rompu.

En mimant ce processus, nous pouvons aider un organisme défaillant à repartir vers un équilibre.

2./ L'homéostasie mécanique

Toutes les systèmes corporels, le foie ou le bassin par exemple, sont des masses à 6 degrés de liberté dans leurs mouvements. Elles vibrent sur 3 axes qui permettent 3 mouvements de rotations et 3 de translations. L'alternance de contrainte - non contrainte, durant la marche par exemple, représente une homéostasie mécanique indirecte.

Les mouvements spontanés du corps sont une composante de l'homéostasie mécanique mais ici elle est directe. Le Jactatio capitis nocturna des enfants est un phénomène naturel de mouvements spontanés.

Ce terme regroupe un balancement de tout le corps, à partir du quatre pattes, sur un axe vertical (body-rocking), d'un balancement de la tête d'avant en arrière, dans un plan sagittal (head-banging) et d'un mouvement de roulement droite-gauche avec la tête (head-rolling).

Ces 3 mouvements effectués par l'enfant sont une homéostasie mécanique par mouvements spontanés. Les réactions se font à tous les niveaux d'organisation homéostasique dont le niveau fluidique. Ce phénomène de mouvements spontanés est précis car provenant de l'intérieur du patient. Il s'arrêtera une fois la dernière contrainte régulée.

Tout déroulement spontané d'un modèle de contrainte est attribué au mouvement inhérent provoqué par le potentiel de la Marée. L'ostéopathe est là pour le soutenir, c'est la technique de déroulement de Viola Frymann. Quant à James Jealous, il considère qu'il doit être adouci.

Pour soutenir ce processus d'auto-régulation, à partir d'un accord palpatoire avec le mouvement interne du patient, l'ostéopathe accompagne ce processus sans le retenir ni le guider. Le patient doit, s'il le peut, inhiber ses tensions musculaires volontaires.

La durée du processus d'autorégulation jusqu'au prochain état d'équilibre est de quelques secondes à ¼ d'heure, parfois plus en fonction du modèle de contrainte. La fin du processus se manifeste par un équilibre sans prédominance de direction avec un rythme simple. V.

Frymann prend l'exemple du fil de téléphone emmêlé : si on l'étire pour le démêler, les tensions vont augmenter sans pour autant le démêler. Mais si on le prend par un bout et qu'on le laisse se dérouler, au bout de quelques instants, le téléphone oscille sans prédominance de direction avec un rythme simple.

3./ La bioénergie

Pour Rollin Becker (D.O.), ce déroulement a pour but de libérer des énergies « cristallisées » dans le corps. L'information traumatique est imprimée dans l'eau de la substance fondamentale, elle est à 50 % sous forme de cristaux liquides : la déformation est ainsi une mémoire locale.

L'homéostasie bioénergétique tente de récupérer la forme physiologique grâce au champ d'action qu'elle génère. Pour Becker, le champ d'action bioénergétique regroupe les champs bioélectrique, biochimique, biologique, biomécanique, biodynamique, biocinétique, bref tout le champ d'action du sujet.

Il est orienté autour d'un point de fonctionnement d'immobilité ou fulcrum (des fulcri), comme l'oeil d'un cyclone ou l'essieu d'une balançoire.

Pour avoir accès à ce champ bioénergétique, il faut une approche palpatoire spécifique. Elle a pour but d'élargir la recherche d'informations. En plus des informations propres aux ligaments, aux muscles, aux os, aux fluides, son approche palpatoire nous donne accès aux informations issues de la bioénergie.

Dans le modèle de Becker, chaque traumatisme est un ajout d'énergie au champ bioénergétique. L'énergie de santé a plusieurs manifestations dont le mouvement respiratoire primaire (M.R.P). L'énergie sera dite biocinétique. Le traumatisme est un apport d'énergie biocinétique au sein de l'énergie inhérente du patient.

L'homéostasie opère ici perpétuellement pour dissiper cette énergie vers la biosphère. Pour Becker la capacité du patient à conserver son environnement intérieur constant réside au niveau bioénergétique. L'environnement interne est en relation avec l'environnement externe : Becker parle d'homme-environnement.

C'est la notion de champ d'action des sociologues et des écologistes. La biosphère définit l'unité du monde vivant. Le patient a sa propre sphère d'action au sein de la biosphère, c'est son champ bioénergétique. La santé est l'harmonie de ce champ avec la biosphère qui doit être, elle aussi, théoriquement en bonne santé.

Dès les années soixante, Becker étudie la bioélectricité qui est appelée de nos jours bioélectromagnétisme. L'étude de ces champs émis par le corps foisonnent d'informations utiles pour l'ostéopathe, en théorie comme en pratique. L'un des premiers américains à avoir eu vent des recherches russes en bioélectromagnétisme est le Dr Robert O.

Becker, chirurgien orthopédiste. La revue Modern Medicine relate ses travaux : La bioélectricité est amenée à tout le corps par le système nerveux. Le processus responsable de ce courant est celui du mécanisme semi-conducteur d'un transistor. Il a mis en évidence qu'une compression sur un os produit un courant électromagnétique par piézoélectricité.

C'est le système que l'on retrouve dans les briquets électroniques : une compression mécanique entraîne un courant électrique et inversement, un courant électrique sur cette structure entraîne une réaction mécanique. La répartition des charges est différente entre la concavité et la convexité de la courbure du fémur ainsi que dans la partie supérieure et inférieure. Le côté convexe est à dominante (+) et le côté concave est à dominante(-). Les polarités s'inversent aux changements de courbure.

Distribution des charges électriques dans un fémur humain en compression
Illustration 44 : Distribution des charges électriques dans un fémur humain en compression. Source : http://www.ortho.lsumc.edu/Faculty/Marino/EL/EL4/Piezo.html

Ce champ bioélectromagnétique joue un rôle important pour initier la croissance et assure la régénération des plaies pour favoriser la meilleure guérison possible. En 1962, son équipe a démontré que les anesthésiants diminuaient le processus électromagnétique de la cicatrisation. Becker (D.O.) s'inspire de ces faits nouveaux à son époque.

Ils vont en faveur d'une puissance énergétique inhérente au vivant et garante de l'homéostasie. Son approche soutient ce processus subtil qui serait palpable moyennant une approche palpatoire particulière. Dès le début, les résultats cliniques de sa pratique furent encourageants. Le nombre de séances nécessaires étaient revues à la baisse de moitié.

Dix années de réévaluation ont suivi, c'est à dire qu'il a dû réévaluer les diagnostics et les traitements car sa conception du vivant avait évolué. En 1965, Becker émet l'hypothèse d'un lien entre sa pratique et ces recherches. La question est toujours d'actualité.

C./ Quelque chose se passe

L'ostéopathe peut palper des modifications tissulaires très particulières. « Quelque chose se passe » est une notion développée par Becker (D.O.). Il est vrai que quelque chose se passe lorsque nous fournissons une énergie manuelle au patient, mais concrètement, que faisons nous ?

La simple palpation des masses du corps et de leurs variations géométriques aide le corps dans sa tâche. Palper ces déformations rythmiques entraîne une réaction particulière : l'arrêt de ces mouvements. C'est un phénomène de relative immobilité autour du point de repos ou fulcrum. Les ostéopathes appellent ce phénomène le still-point (point tranquille).

Upledger D.O. décrit le still-point comme suit :

  • il arrive graduellement ou brusquement.
  • Quelques fois précédé d'une pulsation (50 à 80/mn).
  • expansion latérale de tout le corps, longue, lente puis symétrique.
  • flexibilité plastique puis diminution de la résistance de friction à la fluidité.

La compression via un point d'appui du praticien.

Le système biologique étudié ne doit pas être perturbé pour évaluer correctement les structures et fonctions. Pour W. G. Sutherland (D.O) qui a élargi le concept ostéopathique à tous les os du crâne, la prise de contact doit se faire comme un oiseau qui se pose sur une branche. Becker est plus ferme, il exerce une compression à un point d'appui.

Il faut se souvenir que la compression sur l'os produit un champ électromagnétique. Ce champ produit des fluctuations biocinétiques physiologiques. Il se manifeste par des mouvements sains qui compensent les compressions aphysiologiques. Il faut avoir conscience de la puissance inhérente au patient, elle doit rester le moteur de la correction.

Prenons un exemple. Lorsque l'on prend le sacrum en décubitus, les enseignants conseillent de planter le coude dans la table. Le coude planté est un point d'appui auquel nous appliquons une compression. Ce mécanisme de levier dérive la mise en tension. Elle ne se fait donc pas au niveau de la main.

Cette action doit être égale aux réactions des tissus pour ne pas les agresser. La main garde ainsi un contact ferme mais elle ne doit pas creuser plus la courbure lombo-sacrée. À cette condition quelque chose se passe lorsqu'il existe un modèle de contrainte lombo-sacrée. Au niveau de la main, trois phases sont palpables :

  1. Orientation du champ énergétique vers le point d'appui du système, c'est un déroulement.
  2. Mise en place d'un point de relative immobilité, quelque chose se passe.
  3. Reprise d'un mouvement sans prédominance d'orientation du champ.

Dans ce modèle, le diagnostic et le traitement s'enchaînent, ce sont les points 1 et 2. La première phase représente le déroulement du modèle de contrainte. Ensuite, le modèle s'approchera de plus en plus d'un point de repos. Le traitement représente le moment et l'endroit où quelque chose se passe. Ce processus s'initie au niveau le plus primaire, au niveau bioénergétique.

Dans les années cinquante, le Dr T. Lustig, physicien, écrivait : Certaines découvertes récentes en médecine atomique font la lumière sur ce que Sutherland a déjà fait en pratique. Par la physique nucléaire, nous commençons à comprendre ce qu'est vraiment le liquide céphalo-rachidien.

La pratique de Becker a évolué grâce à celle de Sutherland, il nous amènerait plus à un traitement du champ d'action du sujet, seule réalité en physique quantique. La durée est variable en fonction du modèle de contrainte, comme pour tout déroulement. Ici, c'est la prise de contact qui diffère.

Énoncée il y a cinquante ans, cette approche fait ses preuves quotidiennement en cabinet. L'apprentissage des approches ostéopathique non-invasive est difficile. Peut-être est-ce dû au fait que le moteur qui mobilise le corps n'est plus l'ostéopathe mais le mouvement inhérent.

Cette passivité relative peut, en effet, rebuter un technicien en manipulation. Ne serait-ce que le diagnostic palpatoire manuel : c'est la première phase du cycle, autrement dit le modèle de réaction au point d'appui, il est mis en évidence par le corps et l'ostéopathe assiste ce processus.

Pour le modèle de contrainte, autrement dit la dysfonction cinétique, il se met en place après le modèle de réaction, c'est le déroulement. Imaginons le nombre de dysfonctions que cela représenterait s'il fallait les faire une à une. Ce modèle de contrainte sera ensuite réduit par l'homéostasie, à toutes les échelles dont celle de la biomécanique.

Au still-point, c'est la phase 2, quelque chose se passe. Ce sont les termes de Becker et il reconnaît pourtant ne pas savoir ce qui se passe. Le fait est que la reprise du mouvement survient après cette relative période d'immobilité, c'est la phase 3.

Ensuite, le mouvement ne doit plus avoir de prédominance directionnelle. Le travail, habituellement d'origine externe comme une technique directe sur une vertèbre, aura été effectué par le corps. Il sera donc plus précis.

Dans cette approche, à quoi sert l'ostéopathe ? Il équilibre avant tout l'élément biocinétique d'origine extérieure par la compression au point d'appui.

Une lésion de flexion vertébrale, occasionnée en soulevant un sac de 40 kg, devra être équilibrée par une force inverse, théoriquement proportionnelle, au point de compression grâce au coude planté dans la table pour l'exemple du sacrum. La prise de contact particulière de Becker nous évite d'être invasif.

Dans la pratique, il faut, en quelque sorte, rapprocher les bords de l'étirement jusqu'à l'équilibre biocinétique où quelque chose se passe.

L'énergie biocinétique pathogène, apportée aux tissus par un faux mouvement ou un impact, retournera vers la biosphère. C'est l'hypothèse de Becker, la clinique le confirme, mais l'explication biophysique n'existe pas encore. Néanmoins, de séance en séance, l'ostéopathe met à jour l'état biocinétique propre au patient.

Ce type de traitement réveille, après la première séance, de vieilles douleurs. Becker les interprète comme un remise en route du processus de guérison. Le patient s'oriente ensuite vers son modèle bioénergétique d'équilibre. Ce peut être encore un équilibre précaire, mais il est satisfaisant pour le patient.

C'est un déséquilibre équilibré, le modèle de contrainte est, à nouveau, compensé par tout le système. Guérison et/ou rémission se côtoient ainsi dans le corps entre les séances d'ostéopathie.

Pour Becker, le stressor est donc un impact biocinétique. Les champs biocinétiques de santé façonnent la trame du corps à partir de l'architecture cranio-sacrée, l'axe central du corps. Un traumatisme apportera un élément biocinétique qui déformera la trame osseuse jusqu'à la ligne centrale, le canal épendymaire.

Les relations de l'axe central avec le système glandulaire entraîne un état hormonal de stress. Normalement, l'homéostasie et l'homéorhèse s'établissent, à toutes les échelles de régulation.

L'homéostasie mécanique traverse les trois phases ressenties par l'ostéopathe. La clé de cette régulation serait dans la phase de relative immobilité où quelque chose se passe. Ne pas savoir à quoi est due cette auto-régulation n'empêche pas de s'assurer que le cycle ait bien lieu. Le plus important dans cette approche est de laisser agir la santé du patient. Il faut reconnaître de séance en séance le champ d'action physiologique du patient, c'est ce que conseillait Becker.

N'importe qui peut trouver la maladie écrit Still dans Philosophie de l'ostéopathie. Il faut donc trouver la santé au sein du patient, c'est là dessus qu'insiste James Jealous. L'ostéopathe doit avoir ce but en tête. Jealous ajoute qu'il doit éprouver physiquement la santé du patient, c'est une expérience sensorielle qu'il tente d'enseigner. Voyons à présent le modèle pédagogique de James Jealous.

D./ Le modèle biodynamique

De nos jours, le modèle biodynamique de James Jealous (D.O.) poursuit la démarche de théorisation nécessaire à toute science. Le modèle pédagogique, proposé par Jealous après de 35 ans de recherches, théorise les dernières recherches pratiques de Sutherland (1948-1954). À cette époque, Sutherland est dans sa période biodynamique.

C'est l'espace entre qu'il observait en s'appuyant sur la physique atomique pour expliquer le phénomène de transmutation qu'il rencontrait. Ce modèle est enseigné en France par René Briend (D.O.).

Dans le prolongement des travaux de Still, Sutherland, Hulet, Hildreth, Frymann, Becker, l'approche biodynamique insiste et réaffirme, aujourd'hui, l'approche non-invasive de l'ostéopathie des années 50, 60. Les forces inhérentes au patient sont à l'honneur, c'est le potency comme disent les québécois.

La difficulté pour l'étudiant est d'apprécier les forces du patient qui se manifestent dans le champ d'action. Or la puissance de la Marée mobilise le corps à la perfection, elle le corrige si nécessaire.

L'ostéopathie possède un aphorisme pour définir cette force, c'est l'intention de la Marée. Sutherland nous dit que l'être humain est une maison sous la mer. Avoir conscience de ce phénomène, le ressentir, est une fonction humaine normale, c'est peut-être un manque d'éducation corporelle qui le rend extraordinaire.

Cette Grande Marée est constamment présente. Elle précède tout mouvement, notamment la respiration thoracique. Il est important d'en reconnaître les manifestations biologiques. Le rythme d'expansion-compression, le flux et le reflux que l'on retrouve à n'importe quelle échelle d'organisation du corps, en est la manifestation fractionnée. Les respirations thoracique, cellulaire, primaire sont les manifestations biologiques de cette Marée.

Le principe d'auto-régulation de la Marée peut être engagé par le praticien. C'est un exercice perceptuel qui consiste à amener le patient à un état neutre, spatial et temporel. L'ostéopathe doit être, lui-même, dans une immobilité de l'Etre. Pour Sutherland, c'est une qualité de l'Esprit.

Ainsi, la confrontation des 4 dimensions (3 d'espace et 1 de temps) de la lésion - ou équilibre de la maladie - aux 4 dimensions de la santé - ou équilibre de santé - provoque un still-point, un point tranquille où quelque chose se passe. Le fulcrum est ici le paramètre d'espace et le still-point, le paramètre de temps.

La santé est la cohérence spatiale et temporelle du champ d'action propre au sujet.

Introduction au modèle pédagogique de James Jealous

L'éducation corporelle peut être entreprise par l'ostéopathe, elle amène graduellement à une pratique sensationnelle, au sens propre comme au figuré. C'est pourtant une pratique traditionnelle. James Jealous tente d'organiser ces informations sensorielles. Il résume son approche par le terme biodynamie qui signifie la force de la vie.

Jealous emprunte ce terme à Éric Blechschmidt, anatomiste allemand l'ayant emprunté lui-même aux anthroposophes. Les recherches embryologiques de Blechschmidt guident Jealous jusqu'à aujourd'hui.

En effet, la différenciation embryologique est grandement influencée par les flux liquidiens, notamment durant les 6 premières semaines de vie de l'embryon.

En 1978, Blechschmidt publie Biokinetics and Biodynamics of Human Differentiation. Les fluides, pour cet anatomiste sont doués d'une conscience propre. Ils sont influencés par les phénomènes externes. À l'époque, Jealous enseignait l'embryologie à la Sutherland Cranial Teaching Foundation.

Il en est venu à se demander si les propos de Blechschmidt avaient quelque chose à voir avec ceux de Sutherland. Tous deux prétendent, en effet, que les fluides ont une puissance infaillible. C'est cette puissance, (potency en anglais) qu'il est important de soutenir dans l'approche biodynamique de l'ostéopathie.

C'est pourquoi l'ostéopathe doit développer sa perception éco-réceptive naturelle - l'instinct - afin de percevoir le but du Tout, sa priorité. Pour Jealous, l'essentiel du travail consiste à rester centré et attendre ce qu'il appelle l'émergence de l'originalité, titre de ses séminaires de formation.

Le plus dur pour ses étudiants c'est de croire ce qu'ils ressentent dans la pratique. Il faut en moyenne 2 ans pour changer de paradigme. Après avoir lâché-prise, l'acte thérapeutique consiste à savoir être une interface entre la maladie et la santé afin que le but du Tout s'exprime.

Cette émergence de l'originalité, c'est à dire la guérison, provient des champs dits épigénétiques (au dessus des gènes). Ces champs créent de nouvelles formes et de nouvelles fonctions perpétuellement. Les patients arrivent bloqués mais leurs potentiels d'originalités restent constamment disponible pour évoluer. Le but ici, c'est de trouver le schéma directeur de la guérison.

En effet, l'architecture du corps accommode intelligemment le traumatisme, l'effacement doit se faire par le chemin inverse. La Marée tente immédiatement de résorber le traumatisme lorsqu'il a lieu. Or sa puissance est considérable par rapport à la fragilité des structures déformées.

Notre action consiste donc à créer ce que Jealous nomme un point d'adoucissement (softening point) à l'interface. Notre légère compression permet aux forces épigénétiques de s'exprimer. C'est un phénomène de transsubstanciation, un changement de force physique d'où émerge l'originalité du patient.

Ainsi, comme le conseillait Still, nos mains rapprochent les bords puis l'intention de la Marée peut s'exprimer.

100 ans après ce conseil, nous savons un peu mieux ce qui se passe. C'est un phénomène de résilience comme les coussins de nos canapés de salon qui reprennent leur forme lorsqu'on se lève. Ici le moteur est la Marée, l'expression primaire de l'Esprit, le Souffle de vie.

a./ Faits embryologiques en faveur d'une dynamique organisatrice

  • Nous savons que les colloïdes oscillent rythmiquement pour réagir à la gravitation et au champ magnétique terrestre. La transduction de ces facteurs environnementaux faibles pourrait expliquer les premières étapes de l'embryogénèse. Les plicatures des membranes peuvent ainsi être définies comme la manifestation des ondes de choc en accord avec les hypothèses du mathématicien René Thom. Pour lui l'organogénèse évite la rupture de continuité, la catastrophe.
  • Dans l'embryon, des processus bioélectromagnétiques, biochimiques, histologiques coexistent à différents niveaux d'organisation. Les courants liquides sont un facteur fondamental d'organisation. Des cils vibratiles enregistrent ce flux et orientent ainsi le développement asymétrique des organes (foie à droite, coeur à gauche). Des processus biocinétiques et biodynamiques s'opèrent donc via les migrations fluidiques.
  • La trame s'oriente vers la ligne médiane et le canal épendymaire. En conséquence, la régénération cellulaire basale entraîne les cellules épithéliales vers le liquide céphalo-rachidien (L.C.R.).
  • Organisées autour d'un point pivot, à la jonction de la faux du cerveau et de la tente du cervelet, les forces et contraintes dans le système sont ainsi compensées. Ce point pivot ou fulcrum se déplace avec le développement de l'individu. À partir de la lame terminale clôturant la notochorde (bord antérieur du IIIème ventricule), il migre vers le fulcrum, dit de Sutherland, que l'on retrouve, chez l'adulte, à la jonction de la faux du cerveau et de la tente du cervelet.
Développement embryonnaire et conséquences à l'âge adulte — l'ontogenèse renseigne sur la dynamique des mouvements qui existent tout au long de la vie
Illustration 45 : Compression entraînant une ossification membranaire des ailes du sphénoïde. Source : OSTEO n° 49.

La croissance comme la régénération du névraxe conditionnent la sensation palpatoire que nous allons obtenir. Étant donné que l'embryon est considéré comme un tout lorsque l'on veut comprendre sa dynamique, cette considération doit logiquement être appliquée tout au long de la vie. En effet, l'ontogenèse - la croissance de l'individu - renseigne sur la dynamique des mouvements qui existent tout au long de la vie.

Nous pouvons ainsi avoir une idée du développement optimal de l'enfant ou d'une régénération optimale des tissus adultes car ils sont régis par ces mouvements. Nous savons ainsi comment étudier l'architecture du corps tout au long de la vie et l'aider à atteindre son but.

L'ontogenèse comme la phylogenèse - l'évolution d'une espèce - renseignent l'ostéopathe sur la façon dont pousse l'être humain, autrement dit sur sa biodynamie. Il faut noter que l'ontogenèse ne résume pas la phylogenèse comme le soutenait Haeckel, l'inventeur de ces termes.

Le modelage embryologique se retrouve à l'âge adulte dans les mouvements du corps. Pour le névraxe et la boîte crânienne, la Marée entraîne un mouvement simple, perceptible et constamment présent. Ce mouvement respiratoire, dit primaire, car précède la respiration thoracique est global. Cette puissance inhérente, désengageant toutes les articulations, déroule le cerveau gélatineux dans le sens des cornes d'Ammon.

Cerveau gélatineux se déroulant dans le sens des cornes d'Ammon — mouvement respiratoire primaire et puissance inhérente
Illustration 46 : Le cerveau gélatineux se déroule dans le sens des cornes d'Ammon sous l'effet de la puissance inhérente. Mouvement respiratoire primaire.

Le développement embryonnaire se fait vers la phase d'inspire primaire, le névraxe germe contre le frontal. L'expire résulte d'une certaine plasticité du cerveau. Avoir conscience de ces mouvements fluidiques permet une application du principe stillien : soutenir les fluides vitaux.

En effet, les processus fluidiques, responsables de la croissance, réparent à l'âge adulte. Savoir d'où vient le flux qui a donné la forme optimale de la structure est une aide précieuse. Le modelage de la structure, réalisé par exemple au niveau des bosses frontales, est donc envisageable tout au long de la vie.

D'autant que les mouvements intraosseux seront toujours plus importants que les mouvements au niveau des sutures crâniennes.

b./ Les fluides vitaux à la lumière des considérations biodynamiques

Nous avons vu que la puissance inhérente initie les mouvements des fluides vitaux et qu'elle est la seule à même de rétablir la santé. Le terme biodynamique fait référence à la croissance embryologique. Les processus de migration des fluides présents dans l'embryon perdurent à l'âge adulte.

L'approche du S.N.C en tant que système liquidien complexe gorgée de sève nous permet de concevoir son unité. Lieu de transmutation entre matière et énergie, c'est une modification profonde de la matière que ressent Sutherland au moment du still-point.

c./ De la biomécanique à la biodynamique

  • La biodynamie est une étude systémique, le Tout est la plus petite division possible.
  • Le schéma stillien reste la référence : les fluides vitaux ne doivent subir aucune barrière.
  • Il faut observer l'espace entre les fascias.
  • La générosité de la Marée doit être imitée, elle diminue la densité du corps en phase d'inspir.
  • L'Impulsion rythmique crânienne (I.R.C) est une fraction de la Marée qui opère à tous les niveaux de la matière.
  • La priorité n'est pas d'ôter la barrière mais de soutenir le processus liquidien d'auto-régulation qui est plus précis. Il n'y a pas d'ajustement spécifique.
Lésion de flexion — ce qui ne suit pas la phase d'inspire primaire est en lésion. Illustration schématique de la mécanique primaire respiratoire crânienne
Illustration 47 : Biomécanique du mouvement inhérent. Source : L'ostéopathie exactement, SUEUR, G., 1992.

La biomécanique du mouvement inhérent peut être approchée à travers les structures cellulaires. Les microfilaments d'actine et de myosine, qui constituent le cytosquelette des cellules, sont des systèmes tenségritifs à l'échelle microscopique : des éléments quasi rigides sont maintenus en compression par un réseau continu de composants hyperélastiques.

À l'échelle macroscopique, les membranes de tensions réciproques du crâne, les trabéculations crâniennes et les jets arciformes du périoste illustrent la même principe. Ces structures, qui assurent à la fois la résistance mécanique et la circulation des fluides, sont des systèmes tenségritiels où la compression et la tension sont réparties de manière optimale.

C'est une pratique qui apparaît beaucoup plus intra-osseuse. Le concept de tenségrité (illustration 48) permet d'envisager la dynamique globale de la matrice osseuse, son architectonique.

Concept de tenségrité — éléments quasi rigides isolés et comprimés par un réseau continu d'éléments hyperélastiques
Illustration 48 : Concept de tenségrité — les systèmes tenségritifs sont constitués d'éléments quasi rigides isolés et comprimés par un réseau continu et prétendu d'éléments hyperélastiques.

Les systèmes tenségritifs sont constitués d'éléments quasi rigides isolés et comprimés par un réseau continu et prétendu d'éléments hyperélastiques.

Des exemples biologiques existent :

  • 1. Les cellules peuvent être décrites par le concept de tenségrité (illustration 49).
Cellule décrite comme un système de tensegrité — éléments rigides maintenus en compression par un réseau continu d'éléments hyperélastiques
Illustration 49 : La cellule vue comme un système de tensegrité à l'échelle microscopique : des éléments quasi rigides sont maintenus en compression par un réseau continu de composants hyperélastiques.
  • 2. Les os du crâne et les membranes de tensions réciproques sont auto-contraints et peuvent aussi être décrits par le concept de tenségrité (illustration 50).
Os du crâne et membranes de tensions réciproques auto-contraints — structures de tensegrité au niveau du crâne
Illustration 50 : Les os du crâne et les membranes de tensions réciproques sont auto-contraints et peuvent aussi être décrits par le concept de tenségrité.
Trabéculations et fibres de la trame osseuse en forme d'arcs boutants — structures de tensegrité
Illustration 51 : Trabéculations, les fibres de la trame osseuse en forme d'arcs boutants — structures de tensegrité.
  • 3. Les trabéculations, les fibres de la trame osseuse en forme d'arcs boutants sont des structures de tensegrité. Les ponts suspendus sont faits sur le même modèle.

C'est pourquoi, bien que les rapports articulaires soient importants, c'est la dynamique globale de la trame osseuse qui doit être soutenue dans ses réactions adaptatives : les forces épigénétiques fournies par un champ externe sont les seules garantes d'un prompt rétablissement, en accord avec les travaux de Blechschmidt. L'anatomie des lignes de continuité revêt donc une importance capitale. L'approche est donc poly-articulaire pour le corps et multi-suturale pour le crâne.

Trabéculations crâniennes — architecture interne du crâne humain en arcs boutants (tensegrité)

d./ Les différentes manifestations du Souffle de Vie

Les rythmes plus lents que nous rencontrons dans la pratique trouvent un écho dans l'approche biodynamique. Il est important de les utiliser comme nous utilisons déjà la respiration thoracique ou crânienne. L'expérience sensorielle donne accès à des rythmes différents de ceux enseignés.

Ils ont été listés par Jealous et cette liste n'est pas exhaustive. Le but est d'amener l'étudiant à ces rythmes, il les rencontre mais plus comme des artefacts. C'est l'état de conscience du thérapeute qui permet de s'en approcher comme nous le verrons au chapitre suivant.

Voyons à présent deux rythmes plus lents que l'I.R.C. (qui fluctue entre 7-12 cycles/minute).

Un rythme de 2,5 fluctuations/minute :

  • Prévalant naturellement au sein du vivant, son amplitude ne varie pas, même dans un état de santé précaire. Jealous fait la remarque suivante : ce rythme serait insensible à l'inertie provoquée par la gravité, à la différence de l'I.R.C.
  • Indépendant du Système Nerveux Autonome (S.N.A.), à moins que le patient ne soit sévèrement surmené.
  • La dynamique des fluides est perçue par le praticien à la différence de l'I.R.C. où la focalisation reste limitée aux tensions biomécaniques.
  • L'observateur est passif. Après avoir initié le phénomène de rééquilibration, il observe plus qu'il ne conceptualise ce qu'il sent.
  • Les fulcri se déplacent automatiquement.
  • L'état de neutralité spatiale et temporelle (le still-point) représente simplement le mouvement présent. C'est le point de réceptivité optimale du corps. Dans l'I.R.C., c'est le praticien qui pratique une technique d'empilement (stacking) afin de provoquer un fulcrum et un still-point.
  • Un point commun réunit l'I.R.C. et le rythme de 2,5 fluctuations par minute. Au still-point, des rythmes plus lents se manifestent.

Un cycle beaucoup plus lent s'étalant sur 100 secondes :

  • Présente des similitudes avec le précédent comme l'invariabilité ou l'indépendance par rapport au S.N.A.
  • Prévaut après la mort et à d'autres moments. C'est notamment le rythme du protoplasme.
  • La dynamique des fluides n'est plus perceptible, au contraire une puissance inhérente se ressent. C'est une vague énergétique qui s'exprime.
  • C'est une transmutation rythmique de la matière qui se manifeste. Cette sensation est perceptible durant une correction intra-osseuse.

Nous voyons qu'il est possible d'assister à des phénomènes naturels d'auto-régulation. Il faut cependant lâcher prise : c'est le non-agir (wu-wei) du taoisme qui représente le respect de l'ordre naturel. Chaque thérapeute est renvoyé à sa propre nature et à son propre état d'esprit. C'est un problème de perception personnelle. S'en remettre à une sagesse innée déroute au début mais les résultats aidant, la confiance s'installe doucement.

Comme Becker en son temps, nous sommes amenés à réévaluer le diagnostic et le traitement pour un motif donné. Car ici, seules nos propres limites, nos propres concepts restreignent les indications de l'ostéopathie. C'est pourquoi, connaître notre état d'esprit permet de connaître nos limites et de ne pas les imposer au patient.

e./ Les différents états d'esprit du praticien

Jealous relève différents états d'esprit que nous rencontrons en pratique :

  • Il alterne entre un esprit de singe, comme disent les pratiquants du zen, et une tranquillité dynamique.
  • La sensibilité fluctue elle aussi : indisciplinée, extra-ordinaire ou tranquille.
  • La focalisation n'existe que dans un état d'esprit houleux car elle est remplacée, dès que le calme s'installe, par le suivi mental des fluides, puis une conscience lucide des processus.

Pour observer l'anatomie vivante avec neutralité, c'est le lâcher prise qui amène lentement à cette tranquillité dynamique que décrivent Sutherland ou Jealous. Il faut toujours garder à l'esprit que quelque chose se passera en échange d'une attitude juste. La justesse, elle, s'acquière lentement jusqu'à une équanimité naturelle.

Pour conclure sur la pratique traditionnelle de l'ostéopathie, retenons que toutes les lésions sont soumises au désengagement naturel de la Marée. Le patient est déjà en phase de correction lorsqu'il s'allonge sur la table mais quelques fois les fluides se bloquent.

L'ostéopathe ne guérit pas, il soutient ces migrations fluidiques inhérentes à l'embryon qui perdurent chez nos patients. C'est cette biodynamie inhérente au vivant qui est la seule à même de guérir. C'est la référence de santé du patient ou son état biocinétique physiologique si l'on se réfère aux travaux de Becker.

Mais voyons à présent l'analyse conceptuelle.

Analyse conceptuelle

Après présentation des deux disciplines, plusieurs points propres à la physique contemporaine peuvent intéresser les recherches actuelles en ostéopathie.

Premier point : le concept d'autorégulation. Ce concept se retrouve en médecine quantique comme en ostéopathie.

Le modèle géométrique et mathématique de l'univers, fluide parfait à un degré de liberté, nous permet de faire une analogie avec notre pratique d'ostéopathe : comme l'univers, le corps s'organise entre une contrainte extérieure et une nécessité intérieure.

Une alternance naturelle d'expansion et de compression existe à l'état normal pour ordonner la matière. Ce rythme de contrainte - non contrainte fait partie de l'autorégulation mécanique. Les ostéopathes formés à la pratique de W.G. Sutherland regroupent cette fonction humaine normale sous le terme de Marée.

Ce phénomène d'autorégulation peut être abordé avec la physique des systèmes complexes dont la théorie du chaos fait partie. Nous avons vu que les états quantiques lissent les phénomènes chaotiques. Les concepts quantique et ostéopathique se retrouvent dans le vaste domaine de cette physique dite du XXIe siècle.

Comme la météorologie pour la biosphère, le corps est un système non-linéaire où les effets ne sont pas proportionnels aux causes. Envisager tous les mouvements, toutes les connexions est une gageure. Des modèles physiques, telle que la biomécanique, nous permettent néanmoins de prévoir les mouvements à venir. Mais ces modèles sont restrictifs.

C'est pourquoi la physique des systèmes complexes enrichira assurément notre pratique, notamment la géométrie du chaos que l'on a pu aborder par les attracteurs étranges. Les descriptions biocinétiques des ostéopathes, faisant référence à des lemniscates, prennent ici tout leur sens. L'ostéopathe soutient le corps jusqu'à obtenir une alternance équilibrée des mouvements autour d'un attracteur de santé. Ainsi notre pratique laisse-t-elle agir l'ordre naturel.

Mais si l'ordre tarde à se manifester, toujours par mimétisme, nous pouvons l'aider grâce au chaos déterministe. En effet, la très grande sensibilité aux conditions initiales des systèmes chaotiques non-linéaires nous permet de diriger leur évolution désordonnée vers un état recherché. Nos mains modifient ainsi les conditions initiales aux endroits stratégiques d'un point de vue architectural. Le système s'oriente, dés lors, vers son plus faible état d'excitation, c'est un état quantique.

Dans le cadre de la théorie du chaos, le corps peut être appréhendé comme un ensemble chaotique de micro-évènements fractionnés, peut-être uniques, qui, réitérés, aboutissent à un système auto-organisé.

Dans les systèmes biologiques, l'ordre semble donc être le vainqueur sur le désordre, c'est la néguentropie. À l'inverse de l'augmentation du désordre dans un système fermé, l'entropie, l'accumulation de nouvelles informations par un système ouvert assure un équilibre évolutif.

C'est un fait naturel à conserver à l'esprit lors d'un traitement ostéopathique.

Still développe à ce sujet la notion de Grand Architecte de la Nature. Mimer cet ordre naturel, soutenir ce processus est à la base de l'ostéopathie. Il écrit dans Fondement de l'ostéopathie : « qu'en se conformant aux lois et spécifications de cet Architecte (...) la Nature ne se défile jamais ». C'est ce Principe Divin qui est, pour Still, le moteur du système.

Deuxième point : l'auto-organisation des fluides due à la gravité. Cette auto-organisation initie les premières étapes de l'embryogénèse. L'organogénèse arrive ensuite pour éviter une cassure dans cette harmonie ondulatoire. Les réactions au sein des micro-tubules du fascia puis des épiploons par exemple sont du même ordre.

Cela nous permet de confirmer l'importance de l'embryologie dans le concept ostéopathique : en accord avec J. Jealous (D.O), comme avec S. Sit'ko (Ph D.), la qualité ondulatoire ou vibratoire est nécessaire à un bon développement de l'individu ainsi qu'à une bonne réparation des tissus endommagés. Pour en savoir plus à ce sujet, les recherches actuelles concernant la reproduction dans l'espace, en état d'impesanteur, prennent un sens ostéopathique plus qu'intéressant.

Troisième point : la nature de la matière se révèle impermanente. Nous sommes refaits régulièrement, plus ou moins rapidement, en fonction des tissus considérés (le squelette est refait sur 10 ans). Cela implique une impermanence des structures.

Cela remet en cause un certain fatalisme face à des lésions intra-osseuses invalidantes telle qu'une plagio-céphalie (difformité congénitale du crâne). Si un désordre ondulatoire d'origine traumatique n'est pas estompé par un traitement ostéopathique ou quantique de type laser, la structure ne se posera pas la question, elle se reconstruira en réponse à ce désordre : comme l'arbre est penché, la branche pousse nous dit Sutherland.

La priorité est d'agir sur la mémoire traumatique, c'est à dire le désordre ondulatoire face auquel la structure s'organise biophysiquement. Ensuite les ondulations saines se matérialiseront, d'années en années, par une structure au plus proche de leur normalité fonctionnelle. Les traitements quantiques à base de Laser faible puissance agissent avec le même principe. Ils nettoient l'environnement ondulatoire du patient. La médecine quantique explique très bien ce processus.

Quatrième point : le still-point et la superfluidité. L'ostéopathe ressent le retour à l'équilibre ondulatoire. Il se manifeste par un phénomène intrigant, le still-point. Les recherches biophysiques sur lesquelles s'appuie la médecine quantique nous permettent d'aborder ce phénomène de transmutation décrit par Sutherland dans sa période biodynamique.

Nous avons vu que la médecine quantique reconnaît un phénomène similaire, la superfluidité au sein du vivant. Le still-point ressemble beaucoup à la superfluidité dans sa description. La synchronisation fonctionnelle, le dégagement d'une onde de chaleur ou tout simplement la fluidité accrue donnent du poids à la comparaison. La médecine quantique apporte donc de nombreuses études scientifiques sur la dynamique du vivant là où l'ostéopathe possède essentiellement une approche sensorielle.

De plus, elle s'inspire des médecines traditionnelles comme la médecine chinoise. Nous savons, ne serait-ce que par les arts énergétiques (le qi gong par exemple), qu'il y a une similitude fondamentale entre la médecine traditionnelle chinoise et l'ostéopathie biodynamique. C'est pourquoi les travaux des biophysiciens comme Sergei Sit'ko (Ph D) devraient peut-être faire partie du cursus ostéopathique à côté des équations du XIXème siècle.

En effet, admettre que ces phénomènes de résonance, évoqués dans les deux disciplines, soient identiques permet à l'étudiant de confronter sa pratique biodynamique, quelquefois déroutante, à la biophysique. Cela lui demande de porter un intérêt à la physique du XXIe siècle, par définition toute naissante ; c'est donc tout à son avantage. Reconnaissons donc un intérêt éducatif pour qui veut bien se porter sur la médecine quantique.

Nous prenons conscience, au moyen d'outils terre-à-terre tels que l'AMSAT ou du CROMOSTIM, de notre réalité biologique analogue à des cristaux liquides. C'est un changement de conscience auquel nous devons nous familiariser lorsque nous posons la main sur le corps d'un patient ou pour appréhender un mouvement invisible. James Jealous (D.O.) explique d'ailleurs que le plus dur pour l'étudiant est de croire en ce qu'il sent. C'est parce que nos croyances peuvent être en décalage avec la réalité.

L'ostéopathe peut découvrir la Nature d'une main vierge à chaque seconde pour étalonner ses croyances sur l'expérience quotidienne. À ce moment, reconnaître une ignorance certaine peut devenir une attitude rigoureuse préservant des dogmes inhérents aux croyances. C'est ensuite une joie de prendre connaissance d'une nouvelle étude scientifique qui nous conforte dans notre quête de la réalité.

Ces points de comparaison nous montrent que la physique contemporaine peut accompagner l'ostéopathe dans son expérience quotidienne de la dynamique du vivant. Les ondulations remontant à nos origines ont évolué pour donner ce que nous connaissons de la Nature.

La pesanteur, que nous connaissons d'expérience, comme la force électromagnétique, que l'on a pu découvrir par le Laser, façonnent notre réalité. La biophysique est une base nécessaire à cultiver pour tout ostéopathe, même si elle peut rebuter certains. Dans ce cas, nous pouvons suivre les revues de vulgarisation citées en bibliographie. Elles suffisent pour confronter régulièrement nos expériences et les recherches fondamentales.

Ce qui s'impose, contre toute attente, dans cette démarche d'analyse conceptuelle, c'est le nouvel intérêt que nous portons à la pesanteur. Il est en lien direct avec l'actualité scientifique. C'est, en effet, l'un des grands débats contemporains qui anime les physiciens. Une explication quantique de la gravité s'impose comme une nécessité pour avancer vers une biologie du XXIe siècle.

En effet, la gravité influence énormément la dynamique naturelle du contenant, la matrice fasciale, même si sa puissance est infime au niveau sub-millimétrique. Son influence est déterminante au sens physique, c'est une des raisons pour lesquelles le dysfonctionnement anti-gravitaire est le premier motif de consultation.

Cette importance de la pesanteur dans notre vie nous amène à rappeler sa relation subtile avec la dynamique de l'architecture, l'architectonique. Ces réactions physiques permettent d'expliquer comment marche l'ostéopathie avec des concepts actuels. Le corps bouge continuellement même si nous ne le voyons pas. Pour grandir ou se réparer, il travaille sans cesse pour acquérir une homéorhèse et une homéostasie de type quantique.

C'est ce que nous apprend la médecine quantique. Les structures tenségritives répartissent l'énergie de la pesanteur, bonne ou mauvaise. Les courbures du corps distribuent elles les énergies piézo-électriques. Ces deux processus se complètent et apportent des réactions purement biophysiques. Cela peut expliquer une partie du processus de guérison. Il se manifeste par une impression de puissance disponible, une intelligence inhérente autour d'un mauvais alignement des structures.

Si besoin, une approche comme celle enseignée par R. Becker soulage ce travail perpétuel jusqu'au still-point où une transmutation opère.

C'est pourquoi les recherches en cours pour établir une théorie quantique de la gravitation enrichiront notre compréhension de la vie comme la biomécanique, issue de la physique classique, nous aide actuellement. Nous pourrons ainsi mieux comprendre, par exemple, la technique de Neidner qui nous enseigne d'amener le patient dans son vortex. Nous pourrons aussi avoir une explication actuelle du moment où quelque chose se passe ou still-point.

En effet, R. Becker n'explique-t-il pas, dès les années 60, ces états quantiques de l'interaction gravitationnelle ? Ces gravitons, tant recherchés par les physiciens, n'expliquent-ils pas l'augmentation de la pesanteur du corps après un traumatisme ? C'est avant tout un état biocinétique puisque la gravité est décrite comme une accélération. Il se forme ainsi des coulées d'énergie (energy sink) comme un astre massif conforme la matrice spatio-temporelle et attire la lumière.

Ainsi, dans le cadre de la pratique de Becker, ce qui retournerait à la biosphère, au moment où quelque chose se passe, pourrait être des particules de gravité, les gravitons. Ils diminueraient la pesanteur du corps. Becker précise d'ailleurs que beaucoup de ses patients ont éprouvé une sensation de légèreté en fin de séance.

La néguentropie explique cette transmutation théoriquement : c'est un changement d'état vers un autre par l'accumulation d'information. Autrement dit, nous acceptons le changement pour grandir avec notre environnement. C'est un principe vitaliste et écologique.

L'ostéopathie part de ce principe qu'il y a une différence entre inerte et vivant. Ce qui nous distingue d'un pont suspendu par exemple, c'est notre respiration interne, invisible, ou externe, la respiration thoracique. Ce Souffle de Vie est présent à toutes les échelles de la matière. Il influence la structure et c'est pour nous le tuteur, la référence de santé.

Il faut chercher la santé au sein du patient, nous dit Still. Jealous le rappelle dans sa pratique traditionnelle. Petit à petit, à chaque inspiration, étant des systèmes ouverts, l'Esprit, le Souffle de Vie présent en chacun de nous accumule de l'information. Il faut parfois l'amener au neutre afin qu'il fasse émerger son Originalité, c'est pour Jealous le début de la guérison.

Nous sommes perpétuellement en phase d'apprentissage. La transmutation apparaît comme une mise à jour nécessaire pour éviter d'être bloqué. Une source énergétique peut-être illimitée et assurément non-locale nous dit S. Sit'ko, alimente ce processus biodynamique de croissance.